Délégationd’Aix-en-Provence

Journée des pauvres et du Secours Catholique

Un texte émouvant et réaliste

Dimanche 15 novembre 2020

Nous vus proposons à la lecture un beau texte écrit par la présidente du Secours Catholique Aix-en-Provence - Arles qui fait découvrir la fraternité à travers les gestes vers les personnes en détresse pour qu’elles retrouvent leur dignité ; et comment nos regards changent en les côtoyant. À lire absolument pour mieux comprendre et s’engager pour lutter contre la pauvreté.

 Un texte émouvant et réaliste

publié en novembre 2020

« Cher Ami,

Une journée qui t’est dédiée ? L’occasion est donnée au monde de penser à toi ! Le sais-tu ? Chaque année le Secours Catholique, qui te rencontre dans ses accueils partout en France, sort un rapport statistique où tu es compté, casé, chiffré, selon tes soucis de l’existence : factures impayées, besoins alimentaires, enchaînement de galères dans les méandres administratifs, soucis avec tes enfants etc… Si nous n’oublions pas le nombre d’heures passées ensemble à chercher des solutions, il faudra rajouter l’an prochain, une rubrique où seraient rangés nos partages, nos sourires, nos victoires, nos larmes aussi parfois, bref tout ce qui nous fait du bien à tous les deux, parce que ça a la couleur de la vie. Pour tout cela, je te dis merci. Tu as le visage de Lydia, venue en mars pour la première fois demander une avance pour son loyer, celui de Pierre noué d’angoisse, obligé de choisir entre payer la cantine de ses enfants ou la facture d’électricité…Tu as le visage de tant d’autres. Depuis des années, nous rendons compte de ta vie difficile, mais cette fois-ci, trop c’est trop. J’ai honte de constater qu’aujourd’hui en France, parmi ceux que nous avons rencontrés, vous êtes 92 % à vivre sous le seuil de pauvreté et que certains n’ont que 4 à 9€ par jour pour vivre au quotidien. Je ne sais pas comment tu fais mon Ami, certains disent que tu es un assisté de la vie, moi je dis que tu es un super héros et qu’il en faut du courage pour continuer d’espérer. Avec toi, j’ai peur mon Ami. La crise sanitaire et sa deuxième vague est en train de grossir tes rangs : travailleurs aux petits boulots, étudiants, commerçants indépendants…. Alors, je te le promets, nous continuerons à batailler avec toi, à faire valoir ta dignité. Nous ne sommes (heureusement) pas les seuls à marcher avec toi, alors forcément nous y arriverons, tous ensemble.

Cher Secours Catholique

De tout cœur, je te remercie du souci que tu as de moi. Je sais que mon visage aux multiples facettes fait peur, souvent. En ce moment, je sais qu’avec la pandémie, nous sommes de plus en plus nombreux à dégringoler. Ton rapport n’est pas joyeux, mais je suis assez content que chacun puisse avoir devant les yeux le portrait de ma condition et l’analyse que tu en fais. Avec ça, il y a de quoi trouver les moyens de changer les choses. Je sais que tu t’y emploies, que nos dirigeants sont bien obligés de t’entendre et qu’autour de toi, une journée comme celle-là va interpeller des personnes à venir te rejoindre. Je te remercie des coups de pouce que tu m’as donnés, de l’accueil que tu m’as réservé. Tu le sais, je suis pudique, je n’aime pas m’étaler, mais toi et moi, nous savons les larmes que nous avons eues parfois, et ces échanges qui nous ont surpris nous-mêmes, où nous nous sommes reconnus, frères. Je te remercie de ces années pendant lesquelles Hubert et Marie m’ont reçu, chaque jeudi avec ma colère ou ma détresse silencieuse ; je remercie Sylvie et Luc , les coups de fils amicaux autant que ces chéquiers qui me permettent d’aller faire mes courses, bref tous ces gestes de fraternité…

Ah mon Ami ! Je ne dirai jamais assez combien mon regard a changé depuis que je te côtoie. Je vais leur dire à tous : venez ! Rien ne remplace la rencontre avec cet Ami. Ce dimanche nous parle de talents. Que celui qui sait chanter, chante pour que nous restions éveillés. Que celui qui sait prier, prie que nous gardions Espérance et charité dans la foi. Que celui qui sait parler, parle et témoigne et dise que la fraternité n’est pas un vain mot. Que celui qui sait s’approcher, s’approche, console et marche en compagnon. Que celui qui sait porter, porte et allège le fardeau. Mais que personne n’aille enterrer son talent.

Je vais te dire mon Ami : j’ai tendu la main et c’est toi qui l’as saisie et m’a enseignée. À ton contact, j’ai appris comment on devient frère. C’est ta journée aujourd’hui. Pour moi comme pour beaucoup d’autres, c’est ta journée tous les jours. Je suis honorée de marcher à ton pas.  »

Hélène Mayer, présidente diocésaine

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