Délégationd’Aix-en-Provence

Rapport statistique sur l’état de la pauvreté en France

Le budget des ménages, des choix impossibles

Le Secours Catholique édite ce jour son rapport statistiques annuel sur l’état de la pauvreté en France. Nous vous proposons d’en prendre connaissance par cette video : https://www.youtube.com/watch?v=kVR... À ce document national, nous associons constats, commentaires et témoignages de nos acteurs engagés dans le diocèse d’Aix/Arles.

Le budget des ménages, des choix impossibles

publié en novembre 2020

La pauvreté en France

Aujourd’hui, en France, des personnes disposent de 2 à 9 euros par jour, au mieux, pour se nourrir ou s’habiller une fois réglées leurs dépenses contraintes, comme celles liées au logement. Chaque jour, des familles font face à des choix impossibles : payer la cantine ou la facture d’énergie. Chaque jour, par manque de moyens, des parents doivent dire « non » à leurs enfants quand ceux-ci veulent pratiquer un sport ou participer à l’anniversaire d’un camarade de classe. C’est cette réalité que décrit la nouvelle édition du rapport statistique du Secours Catholique sur l’état de la pauvreté en France. Tous les ans, le Secours Catholique-Caritas France présente les contours d’une pauvreté multiple et complexe qui caractérise l’exclusion aujourd’hui. Cette analyse statistique est menée grâce au recueil des données remontées des 72 délégations. En 2019, 64 300 bénévoles répartis dans près de 3 500 équipes ont accompagné 1 393 000 personnes.

Voici les situations rencontrées par le Secours Catholique Aix-en-Provence/Arles en 2019.

En 2019, 12 000 personnes ont été accueillies par les 35 équipes locales réparties dans le territoire de la délégation d’Aix-en-Provence, constituée de 670 bénévoles et de 7 salariés. L’aide en alimentation représente 61 % des demandes, toujours plus que la moyenne nationale (50 %). Pour ceux qui ont quelques ressources, leurs budgets sont grevés à hauteur de 35 % par les dépenses de loyer, de factures d’énergie, d’eau, de crédits immobiliers ou autres. À cela s’ajoutent 9 % de frais de mobilité (voiture, transports).

Hubert, bénévole à Aix décrit ces situations : « Jusqu’en 2018, à Aix, on recevait en moyenne une dizaine de demandes alimentaires et financières par semaine. On a vu croître régulièrement les demandes en 2019 pour arriver à une moyenne mensuelle d’une quinzaine de dossiers par semaine, jusqu’à la survenance de l’épidémie du Covid 19. Pendant le confinement, nous avons ouvert une plate-forme téléphonique pour traiter en urgence essentiellement les demandes d’aides alimentaires, sous forme de bons d’achats distribués par des étudiants volontaires disponibles.  »

Nous accueillons des mères seules (30 %), plus nombreuses que la moyenne nationale, des hommes seuls (24 %), des femmes seules 20 %, (chiffre en augmentation de 5 %), des couples avec enfants un peu moins nombreux (-7%). Viennent à nous un peu plus rarement des couples sans enfant (4,5%) et des pères seuls (4%).

Jacqueline, bénévole à Miramas alarme : « Pour la première fois, nous avons reçu des hommes sans domicile sollicitant l’accès aux douches. Aussi, nous avons accueilli des personnes âgées, en plus grand nombre, honteuses de leur démarche. Cette situation nous inquiète …  ».

Bien qu’en légère baisse, le pourcentage des personnes de plus de 50 ans représentent 41% des personnes accueillies (alors que la moyenne nationale est de 30%). La tranche d’âge 25–49 ans représente 54 %.

« L’année dernière, j’ai été frappée par le nombre plus important de personnes sans domicile fixe. Pour la première fois, je me suis trouvée sans solution, même pour une nuit. Une femme seule était dans le froid et sous la pluie sans aucun endroit pour dormir. En dernier recours, Décathlon a accepté de me donner une tente. Cela m’a permis de la mettre à l’abri », témoigne Christiane, bénévole à Sénas.

Aggravation de la situation des plus pauvres

Les crises économiques, sociales, écologiques, sanitaires se succèdent et nul n’est à l’abri, comme nous l’avons déjà constaté ces derniers mois. La crise sanitaire de 2020 est venue souligner la difficulté des ménages les plus pauvres à faire face aux accidents de la vie. Autre constat alarmant, la part des personnes invisibles, qui survivent à leurs besoins de manière précaire à travers l’économie informelle. Thomas Piketty, économiste et directeur d’études à l’Ecole des hautes études des sciences sociales (EHSS) a lu avec intérêt notre rapport statistique, et nous a partagé dans une interview des pistes de réflexion. Il a été interpellé par « l’énorme progression de la part des personnes étrangères », qui est majoritairement sans papier : « On s’en doutait, mais le voir démontré de façon aussi nette est impressionnant ». Le Secours Catholique Caritas-France appelle l’ensemble de la société à changer son regard sur les plus pauvres, d’ici comme d’ailleurs. Partout, des élans de solidarité viennent pallier les déficiences des pouvoirs publics. Le Secours Catholique plaide ainsi pour la mise en place d’un Revenu minimum garanti inconditionnel, qui constituerait un filet de sécurité à tous.

Hélène Mayer, présidente de la délégation du diocèse d’Aix/Arles lance un cri d’alerte : « Ce rapport sort chaque année, chaque année les chiffres sont plus alarmants. Tout le monde s’en émeut… Mais que changeons-nous à notre regard ? À nos façons de consommer, de partager, de faire société ? Il y a une urgence, celle de nous mettre devant les yeux, la devise de notre République, et de l’honorer  ».

Pour aller plus loin et prendre connaissance de la synthèse du rapport statistique et l’entretien du Secours Catholique avec Thomas Piketty , l’intégralité du rapport, cliquer sur : https://drive.google.com/drive/fold...

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